Une vie pour une psychiatrie libre, humaine et juste
Par Claude ROMEO
À l’occasion du centenaire de la naissance du Dr Ginette Amado, il est essentiel de rendre hommage à une femme d’exception, psychiatre visionnaire, humaniste engagée et figure majeure de l’histoire de la psychiatrie publique française.
Médecin-directeur du Centre psychothérapique des Murets à La Queue-en-Brie, Ginette Amado fut l’une des grandes pionnières d’une psychiatrie ouverte, respectueuse de la dignité des personnes soignées. Bien avant que les textes ne l’imposent, elle osa ce que beaucoup jugeaient impossible : faire du Centre des Murets le premier établissement psychiatrique sans clés, où les malades circulaient librement et pouvaient sortir, retrouvant ainsi une part essentielle de leur liberté et de leur citoyenneté.
Bien avant la loi de sectorisation psychiatrique, Ginette Amado impulsa, avec ses équipes, la création de structures innovantes hors de l’hôpital, notamment sur les communes de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne). Elle croyait profondément à une psychiatrie ancrée dans la cité, proche des habitants, rompant avec l’isolement asilaire.
Je fus l’un de ses élèves, en qualité de cadre hospitalier, et j’ai eu l’honneur de participer à cette aventure fondatrice. Je garde un souvenir très fort des premiers séjours thérapeutiques organisés avec les patients, y compris dans des centres de vacances fréquentés par tous les publics. Ces expériences, inédites à l’époque, incarnaient une conviction profonde : la maladie psychique ne devait jamais justifier l’exclusion sociale.
Ginette Amado était toujours disponible, pour les patients comme pour les professionnels. Elle savait écouter, soutenir, encourager. Son autorité ne reposait ni sur la hiérarchie ni sur la contrainte, mais sur la confiance, l’exigence éthique et le respect des personnes.
Ses qualités d’humanisme, de générosité, de disponibilité, son engagement constant contre l’injustice ont marqué durablement ma vie professionnelle, mais aussi ma vie personnelle. Elle fut pour moi bien plus qu’un supérieur hiérarchique : un maître à penser, un repère intellectuel et moral qui m’a guidé tout au long de mon parcours de vie.
Parmi nos combats communs, l’un fut particulièrement emblématique : la lutte contre la suppression des médecins-directeurs dans les établissements psychiatriques. Nous avons mené cette bataille avec détermination, notamment avec l’appui du député Maxime Kalinsky. Ginette Amado restera, pendant quelques années, la dernière médecin-directeur en France.
Elle fut profondément fière lorsque je devins Conseiller général du Val-de-Marne, puis Président du Conseil d’administration du Centre hospitalier des Murets en 1976, et plus tard Maire de La Queue-en-Brie, fonction dans laquelle j’eus l’honneur de lui remettre la médaille d’honneur de la Ville.
Lors de nos dernières rencontres, malgré la maladie, Ginette Amado conserva une lucidité remarquable. Jusqu’à la fin, elle poursuivit sa défense d’une psychiatrie plus humaine, attentive à la parole du patient.
Nos échanges se sont poursuivis jusqu’aux derniers moments de son existence et se prolongent aujourd’hui encore à travers le lien maintenu avec son fils, Michael.
À l’heure où la psychiatrie traverse de nouvelles crises, l’œuvre et la pensée de Ginette Amado résonnent avec une force intacte. Elle nous rappelle que soigner, ce n’est pas enfermer ; que diriger, ce n’est pas dominer ; et que l’humanité doit toujours rester au cœur de l’institution.
Directeur départemental honoraire Enfance-Famille Seine-Saint-Denis
Ancien Conseiller technique auprès des Ministres de l’Enfance
Officier de l’Ordre national de la Légion d’honneur