Discours d’inauguration du Centre d’Accueil et de Crise « Ginette Amado »
24 juin 2016
Ariane Amado
« Ginette Amado a d’abord su montrer l’exemple d’une psychiatrie sociale, qui en son temps était révolutionnaire, réhabilitait le patient en le sortant des murs. »
Cette affirmation, prononcée par ma mère le Docteur Isabelle Amado médecin psychiatre à Sainte-Anne, lors de la remise de sa Légion d’Honneur le 19 mai dernier, illustre non seulement le travail exemplaire entrepris en son temps par ma grand-mère, mais surtout la ferveur qu’elle a su transmettre de génération en génération.
Plus qu’un devoir de mémoire, c’est un devoir d’engagement qui se transmet ainsi. Le devoir de continuer à décloisonner le dedans et le dehors, à insérer l’Autre dans la communauté plutôt que de le bannir de la société, de faire que l’hôpital psychiatrique ne soit pas le symbole du rejet mais un lieu de soin de celui qui souffre et qui demande un accompagnement.
Dès lors, si reconnaitre son travail c’est honorer la mémoire de ceux qui croyaient en elle, comme mon grand-père Max Amado qui l’admirait chaque jour un peu plus dans son ardeur, poursuivre son combat est là le plus grand hommage que l’on puisse lui décerner.
C’est pourquoi, pionnière du Centre d’Accueil et de crise en 1978, le devoir de mémoire et d’engagement poursuit aujourd’hui son chemin dans l’inauguration de ces murs qui portent fièrement son nom. Continuer d’œuvrer dans des centres d’accueil et de crise, replacer la psychiatrie au sein de la cité et de lui rendre son sens d’acteur de soins de proximité, porter sa lutte contre l’enfermement de l’Autre, là réside le plus grand honneur qu’on puisse lui offrir. Et le seul honneur qu’elle aurait accepté d’ailleurs, parce qu’elle n’était pas très friande des célébrations, festivités et autres politesses pour ceux qui s’en rappellent !
Ainsi, je vais faire ce qu’elle aurait fait me semble-t-il : dédier cet hommage à vous tous ici, soignants et patients. Vous, qui continuez son combat au quotidien. Vous, qui faites vivre le Centre d’accueil et de crise. Vous, sans qui cette inauguration n’aurait pu avoir lieu.
Parce que je crois bien que le meilleur devoir de mémoire que nous pourrions lui offrir, c’est de lutter ensemble pour que celui qui se place en marge de la société, par sa maladie, son comportement, son extranéité ou son anticonformisme, ne soit pas rejeter pour sa différence mais accepter dans son altérité.
Ariane AMADO. 2016
(Devenue Chargée de recherche au CNRS (CHJ-UMR 8025 – Université de Lille)