Ginette AMADO : « l’Evolutionniste »
Dr G. Bendjenana
Ginette AMADO est née le 2 février 1926 à Paris.
Sa famille est d’origine juive alsacienne.
A 14 ans, elle connait un premier exil vers le Sud de la France en zone libre puis un deuxième vers le Mexique où elle débutera ses études de médecine.
A 18 ans, elle s’engage comme volontaire en tant qu’infirmière durant la deuxième guerre mondiale et rejoint la 2ème division blindée du Général Leclerc.
Son histoire est marquée par les camps de concentration, et la découverte de l’abandon à la mort dans les asiles psychiatriques de 76000 malades.
C’est une femme de conviction, d’action, qui pendant toute la durée de sa carrière professionnelle va œuvrer contre la ségrégation faite aux malades mentaux.
Femme de terrain, elle écrira peu.
Humaniste, généreuse, et d’une grande autorité, elle partagera les idéaux du communisme, mais refusera toujours d’intégrer le parti pour ne jamais s’enfermer dans une idéologie.
En 1951, elle est interne des Hôpitaux Psychiatriques de la Seine et est l’élève de SIVADON et DAUMEZON.
En même temps que son internat, elle suit une formation psychanalytique à l’Institut de Psychanalyse de la rue Saint Jacques.
En 1954, elle est nommée au Médicat des hôpitaux psychiatriques, envoyée d’office à l’hôpital psychiatrique de Cadillac.
Par la suite, elle sera l’assistante du Docteur LECONTE à Maison Blanche.
De 1956 à 1961, elle est Chef de Service à l’hôpital psychiatrique de Sotteville les Rouen où son premier travail a été d’ouvrir les pavillons encore fermés.
1961 : Médicat des hôpitaux psychiatriques de la Seine.
En 1963, elle est nommée médecin-directeur au Centre Psychothérapique des Murets durant 11 ans ayant alors comme secteur Champigny et Saint-Maur.
Lorsque les postes de médecin-directeur ont été supprimés, elle reste Médecin Chef du 3ème secteur du Val de Marne (Champigny) jusqu’en octobre 1980.
En 1980, elle est Médecin Chef du 5ème secteur (6ème arrondissement de Paris) au C.H.S. de Sainte Anne jusqu’à sa retraite en 1990.
Lorsqu’elle arrive à la Queue en Brie, en 1963, elle est la digne élève de DAUMEZON, BONAFE… pour ouvrir un hôpital mixte, ouvert, sans moyen de contention et proche de la cité comme instrument de travail efficient.
Ayant toujours pensé qu’un travail sur le secteur constituait un préalable nécessaire, elle avait, avant même d’ouvrir l’hôpital, entrepris des consultations de dispensaire dans la municipalité.
Aussi dès 1965, elle a mis en place une structure de visites et d’hospitalisations à domicile (reconnue administrativement en 1970) et leurs modalités de fonctionnement.
Ce travail a permis de libérer un pavillon et de récupérer son personnel pour créer à Champigny le Premier Centre d’Accueil et de Crise qui porte aujourd’hui son nom et qu’elle mettra 15 ans à faire reconnaitre !
Elle fonde l’Association « Accueil », participe à la réflexion et l’organisation du travail de secteur et de la démystification de la psychiatrie et la lutte contre le fonctionnement asilaire.
Ainsi, elle organise l’activité du secteur et défend l’ouverture de petites unités d’accueil dans la ville pour des hospitalisations courtes et la prise en charge des malades au long cours dans des structures spécifiques, foyers, appartements, thérapeutiques, etc..
En 1970, elle est menacée du conseil de discipline, car la rotation des malades était très rapide ! Pour celle pour qui l’hospitalisation en psychiatrie devait demeurer une mesure d’exception. A noter qu’il faut beaucoup d’humour pour nommer les premiers pavillons d’entrants : Pavlov et l’autre Freud.
Nous souhaitons conclure par la réponse qu’elle fit à François CAROLI qui lui demandait :
- « Croyez-vous que pour faire avancer les choses dans les structures qui sont les nôtres, il faut être d’une certaine façon à certains moments soit hors la loi, soit révolutionnaire ? »
- «La pratique et l’usage précédent la loi et lui montrent le chemin. C’est ce que j’essaye de faire. Je ne suis pas hors-la-loi. J’essaye de précéder celle-ci en tenant compte de la société où je vis qui n’est plus celle de 1838. Je suis plutôt évolutionniste que révolutionnaire.
Dr Bendjenana. 2013